
performance — 8h ⇒ 2013
Dans l'un des documentaires des groupes Medvedkine, "À bientôt, j'espère" (1968), un ouvrier de l'usine Peugeot de la Rhodiaceta mime très simplement dans sa cuisine, un jour de repos, le geste répété et les automatismes d'une journée de travail. Cet extrait vidéo a été remonté pour ne garder qu'une seule séquence filmée du mouvement répété tout au long de la journée par l'ouvrier à son poste sur la chaîne de travail. Puis de ce nouvel extrait a été fabriquée une seule photographie. Laquelle nouvelle photographie figée du geste a été remise en jeu une énième fois, remise artificiellement en mouvement dans une vidéo de huit heures précisément. Caricaturalement la durée d'une journée de travail pour ces ouvrier·e·s.
Concernant le dispositif d'exposition de cette vidéo, le public est confronté·e très rapidement, quand il/elle entre dans l'espace, à la barrière de l'écran sur lequel elle est projetée. Selon les dispositions, l'ensemble forme un espace clos de quelques mètres seulement pour le déplacement et la lecture de l'image. De fait, le format de l'image n'est pas inhabituel, mais c'est bien plus la proximité et donc le manque de recul pour envisager une telle projection dans un ensemble qui peut être déroutant.
Le mouvement des images du film est à la frontière du perceptible. Il est si lent que le public peut se trouver devant une situation ambiguë vis-à-vis d'un rapport général attendu à l'image cinématographique : une lecture du mouvement. Il faut ajouter à cela la voix d'un·e bonimenteur·euse qui est présent·e, mais caché·e derrière l'écran.
Cette voix fait entendre à intervalles irréguliers les témoignages différents des acteur·rice·s des luttes syndicales que représentent les films documentaires du Groupe Medvedkine. Il est demandé au·à la bonimenteur·euse d'essayer de répéter immédiatement les voix qui lui parviennent dans le casque audio et, inconsciemment, ce dernier/dernière emprunte et se réapproprie le phrasé, le chanté et la scansion des témoignages de ces ouvrier·ère·s cinéastes.
